10-FIOFA

Le défi en valait la chandelle

On félicite ou on critique ? On remet tout en cause ou on avance les circonstances atténuantes ? Les deux, peut-être. Les deux, c’est sûr face à un festival de cinéma qui a soulevé l’adhésion franche chez les uns et la réprobation appuyée chez les autres : les sceptiques et les nihilistes de toujours. Quoi qu’il en soit le FIOFA est bien là. Il existe bel et bien dans les murs d’Oran, dans les cœurs des cinéphiles endurcis et surtout sur les calendriers de grandes manifestations culturelles arabes, il est à sa dixième édition, et toujours avec une envie formidable de recréer à chaque année une rencontre festive, un défi fou et des rêves insensés de voir des films peu projetés, des débats réactivés à l’emporte pièce, des bagarres d’idées sans fin et des retrouvailles bruyantes entre compagnons de routes perdus dans la poursuite d’images, de sons et de plans. Je me souviens que Mme Rabéa Moussaoui, commissaire du festival entre 2011 et 2013, m’avait téléphoné pour me proposer la direction de la Communication du FoFa parce que la pression était là, parce que le lancement était imminent et que Mme Khalida Toumi, la tonitruante et sympathique Ministre de la Culture d’alors se devait de tenir la manifestation même si les salles de cinéma aux mains de l’Apc d’El Bahia n’étaient pas prêtes et que la liste des invités n’était pas encore arrêtée. Il fallait tout faire, tout refaire, réconcilier du monde et contourner les susceptibilités, aller de l’avant quoi qu’il nous en coûte.

Doutes et fous désirs

Je me souviens que nous avions travaillé dans la précipitation mais qu’il avait chez nous tous de l’enthousiasme et surtout des inquiétudes à la pelle et des contraintes de temps et d’argent de finance à la tonne. A la fois encouragées par nos doutes et stimulés par de fous désirs de donner corps à cette initiative culturelle vécue par les cinq membres du Commissariat comme un challenge, nous nous sommes lancés dans cette aventure culturelle sans savoir exactement où nous allions déboucher tant les écueils étaient dissuasifs. Il fallait oser. Rabea Moussaoui avait un grand cœur et Mme la Ministre avait de la disponibilité à nous écouter et nous avions grandement peur de les décevoir, de nous décevoir collectivement, en d’autres termes rater notre rendez-vous avec la cité, les cinéphiles et les censeurs de tout poil prêts à nous arracher nos utopies, émousser nos désirs.

Je me souviens aussi que la décision de lancer la revue du festival était venue à la dernière minute… il fallait donc faire vite : dénicher l’encadrement de ce journal quotidien, trouver des formules pertinentes pour la revue, dessiner son contenu général mais surtout convaincre un imprimeur disponible à nous tirer notre quotidien « à nos conditions » et attendre des mois après pour être réglé.

Une équipe volontaire

Je me souviens de tout ça pour dire que l’organisation d’un festival comme celui d’Oran est loin d’être une sinécure …Il est vrai que les lumières du cinéma subjuguent, il est aussi vrai également que le contact avec des célébrités du cinéma enivre les sens, flatte l’égo qu’il nous rend important mais il est vrai aussi que la tenue d’une manifestation culturelle de la taille du FoFa d’Oran est une immense gageure quand le temps presse et qu’il n’y a pas toujours l’aide attendue de tous ces conseilleurs-spectateurs qui adorent les paillettes mais jamais ceux qui les ont fournis, tous ces grincheux pas bien tendres avec les efforts fournis par une équipe volontaire qui ne cherchait qu’à bien faire, qu’à mieux faire. Je me souviens enfin que quand les lampions s’éteignent et que tout le monde rentre chez lui, les invités de chez nous et ceux qui nous viennent d’ailleurs, nous nous retrouvions entre nous, en anonymes, pour tirer les premières conclusions, constater nos imperfections mais surtout dire que malgré tout nous avions fait quelque chose pour le 7ème art, pour cette cité qu’on aime, que nous avions été utile à quelque chose. Et cette utilité était ressentie chez nous comme le meilleur remontant, la plus sincère des félicitations. Ainsi , au vu de ce résultat, on oubliait toutes les remarques et les anicroches pour nous remettre au travail, penser déjà à l’édition prochaine, penser aux éditions qui pérenniseraient un rendez-vous culturel planétaire.

Bouziane Ben Achour

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