Oran International Arabic Film Festival 2017 | Faire d’Oran un pôle culturel et une capitale régionale
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Faire d’Oran un pôle culturel et une capitale régionale

En 2010, le Festival du film arabe d’Oran a été préparé en très peu de temps: un mois et demi, entre le 20 Octobre et le 10 Décembre. Le ministère de la Culture souhaitait que cette édition 2010 se tienne pour ne pas rompre avec la dynamique engagée par Hamraoui Habib Chawki, le précédent commissaire et pour ne pas décevoir les attentes des professionnels du cinéma, tant algériens qu’arabes. L’objectif assigné au festival était de l’ériger en festival dédié exclusivement aux cinémas arabes; d’être le miroir de la création cinématographique du monde arabe et d’être -dans le même temps- le tremplin du cinéma algérien qui avait vocation à renaitre de ses cendres, si j’ose dire, grâce notamment à l’importante relance de la production cinématographique nationale .
L’idée était que le Festival du film arabe soit la référence internationale en la matière, le lieu où l’on viendrait pour découvrir la formidable créativité des cinéastes arabes, de montrer plutôt sa diversité et donc sa richesse que de laisser encore croire qu’il y a UN cinéma arabe, fiction entretenue depuis des lustres sans ancrage probant avec sa réalité intrinsèque. Les histoires propres à chaque pays arabe ainsi que les ADN de chaque cinéaste arabe attestent s’il en fallait que l’idée d’un cinéma arabe est plus une illusion qu’une vérité historique.
Je me souviens qu’en 1971, au festival de Carthage, l’un des films les plus appréciés fût « Bass ya Bahr », d’un jeune réalisateur koweitien. Le sujet du film et la réalité des pêcheurs de perles autant que le langage cinématographique du réalisateur koweitien avaient attiré l’attention du jury et du public du festival. Et le film « Le charbonnier », de l’Algérien Bouamari,également en compétition, avait suscité l’enthousiasme; et le sujet,la vie quotidienne d’un charbonnier et le style percutant de Bouamari n’avaient rien à voir avec « Bass ya Bahr». Deux exemples de la diversité des cinémas arabes pour ne citer qu’eux ; bien d’autres peuvent également nous en convaincre et je pense notamment à Lakhdar Hamina et à Youcef Chahine ,monstres sacrés du cinéma, tant admirés pour leur art mais dans le même temps tant différents aussi bien dans leurs films que dans leurs vies de tous les jours !
L’autre idée forte du ministère de la Culture était de contribuer à faire d’Oran un pôle culturel et ce dans le cadre d’un programme visant à l’ériger en capitale régionale forte, tant sur les plans économique, touristique que culturel. On ne saurait imaginer qu’une ville puisse être perçue comme capitale régionale si elle ne dispose pas d’équipements et d’événements culturels de référence.

Harmoniser les dates des festivals
Nous voulions en 2010 être le reflet de l’actualité cinématographique arabe. Nous avons donc pris contact avec les producteurs, distributeurs et cinéastes en charge du cinéma arabe pour que les films les plus récents et les plus emblématiques soient présents. De même que pour les invités qui vinrent en nombre malgré l’envoi tardif des invitations. Les Syriens vinrent en nombre autant que les Maghrébins. La proximité de la tenue du festival de Dubaï a également été un handicap qui nous a amené à initier des discussions avec nos collègues arabes afin d’harmoniser les dates de nos festivals respectifs et de permettre ainsi à chacun une plus grande lisibilité.

Course contre la montre
Avec le recul, la principale difficulté a été le temps ,très court, de préparation du Festival . L’enthousiasme pour la tenue et la réussite de l’édition 2010 ont été importants. Cela nous a beaucoup impressionnés en notre qualité d’organisateurs. On sentait bien ce désir de festival et que sa tenue était portée par le plus grand nombre, tant par les professionnels que par les Oranais. Ils se sont mobilisés pour que cela soit une réussite.
Bien sûr, il y a eu des doutes pour ne pas dire des craintes, survenues ça et là, en particulier sur ma nomination. Comment un francophone pouvait-il être le commissaire d’un festival du film arabe. J’avoue que les apparences leur donnaient raison et que leurs craintes pouvaient s’avérer fondées mais là n’était pas le vrai problème. Le véritable souci aurait été d’avoir nommé quelqu’un aux antipodes du monde du cinéma ; la réalité est que beaucoup de monde me connait en tant que galerie et très peu savent que ma passion première a été le cinéma. Dès la fin des années 60, j’ai été avec Abdelhakim Meziani et feu Medjebeur dans la création des ciné-clubs algériens et que, plus tard, j’ai été critique de cinéma à la radio algérienne (1970/1973). A ce titre, j’ai suivi l’actualité cinématographique ,en particulier algérienne; les débats qui animaient le monde du cinéma algérien étaient nombreux et féconds. Ils opposaient les cinéastes formés en Russie à ceux passés par les écoles européennes (Idhec,Bruxelles). J’ai vu feu Abdou B. devenir le critique de cinéma respecté que tout le monde admire encore, initiateur de la formule «cinéma djadid » à propos des films de Farouk Beloufa et Bouamari notamment .Le monde du cinéma ne m’était pas étranger loin de là et j’ai toujours gardé le contact avec ce monde qui fait rêver même si pendant longtemps j’ai travaillé au service de l’art contemporain
et de la diffusion de la culture en général.

Challenge réussi
Les souvenirs sont nombreux : le premier d’entre eux a été l’angoisse , celle que ce Festival ne produise pas les résultats escomptés. Cette angoisse a dominé tout au long du Festival pour s’estomper à la fin avec l’annonce du palmarès , avec un jury formidable , mené par Rachid Boudjedra Dans le même temps , j’ai pu voir dans les yeux des participants le bonheur, si je peux dire, d’être présents et que cette édition 2010 ait pu avoir lieu .
Ma satisfaction a été celle de voir l’équipe qui m’a entouré ravie que nous ayons pu réaliser ce challenge, monter et organiser un festival de cinéma en 45 jours. L’amour du cinéma en a été le moteur et j’ose espérer qu’il en sera ainsi pendant encore longtemps.

Mustapha Orif