fr

« A la recherche du pouvoir perdu » : Dans le huis clos du doute

« A la recherche du pouvoir perdu », ce titre du film marocain projeté samedi soir à la salle Maghreb, dans le cadre du FIOFA 2017, fait sans doute référence au titre du roman de Proust, « A la recherche du temps perdu ». L’allusion n’est pas fortuite car le célèbre écrivain français fait bel et bien une intrusion dans le film à travers un autre roman de la même série, « Le temps retrouvé » que le personnage principal feint de lire au début du film. Il y a sans conteste une bonne dose de culture, de la musique évidemment mais particulièrement aussi, même si c’est en filigrane, d’art visuel. Son réalisateur dira d’ailleurs à l’issue de la projection que pour chacun de ses films, il s’ingénie à mettre en valeur les œuvres picturales d’un artiste marocain. Dans le même sillage, hormis la musique du film proprement dite, son héroïne est également chanteuse s’accompagnant elle-même au piano et interprétant indifféremment des classiques en tout genre dont de célèbres chansons françaises telles que « Ne me quitte pas » de Brel ou « Le temps de vivre » de Moustaki. Cet intérêt pour la culture, les parties de jeu d’échecs incluses, semble être la préoccupation principale du réalisateur Mohamed Ahed Bensouda qui évoque également le crédit qu’il a accordé à son directeur photo, un de ses anciens élèves à l’école de cinéma. Tout fonctionne comme si c’est l’histoire qu’il a voulu raconter qui est au service de cette « esthétique» supposée et qu’il nous force à voir dans chaque plan et chaque séquence. Les péripéties se déroulent dans une ambiance cossue entre une villa digne des grands palais habité par un général mystérieux et solitaire et un club tout aussi luxueux où il va rencontrer celle qui va devenir sa légitime et qui acceptera en quelque sorte d’être enfermée dans cette «cage dorée» avec les conséquences dramatiques qui allaient advenir. Un huis clos avec un seul lien avec « le monde », au sens propre du terme et non pas la société, : la télévision. Des images que le général regarde de temps en temps pour voir défiler par intermittence d’abord les portraits de Saddam Hussein après sa chute, des visages de militaires maliens, des troubles un peu partout et enfin l’image du général Al Sissi en train de discourir avant de prendre le pouvoir. Ce sont les seules images de l‘ « extérieur » et qui font exception à la règle car leur mauvaise qualité est frappante par rapport à l’ « intérieur ». Elles sont suffisantes pour orienter presque tout le débat vers la situation qui prévaut dans le monde dit arabe et les événements qui s’y déroulent. L’histoire qu’il raconte aussi mélodramatique qu’’elle soit n’a sans doute rien à voir avec tout cela mais M. Bensouda a réussi un véritable tour de passe-passe car il lui a suffit de changer le mot « temps » en « pouvoir » dans le titre d’un roman ancien et d’introduire un uniforme, celui que porte son personnage principal, pour que la machine des attentes s’emballe. Yacine Cheikhbled

Related Articles

Close