Oran International Arabic Film Festival 2017 | Wahid Sohbi: « Les arméniens ont contribué à l’édification de l’Egypte »
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Wahid Sohbi: « Les arméniens ont contribué à l’édification de l’Egypte »

Votre film aborde la question des Égyptiens d’origine arménienne mais dans quelle mesure cette communauté est-elle importante ?

Il y a beaucoup d’Arméniens en Egypte, c’est une communauté importante qui est là depuis 150 ans. Le film aborde cette période d’un siècle et demi, c’est-à-dire depuis le règne de Mohamed Ali mais surtout la période d’après 1915, après les massacres qu’ils ont subi et l’exode qui s’en est suivi. Le film donne la parole à ces gens qui vivent en Egypte à l’heure actuelle. Certains ont disparu mais qui ont laissé des témoignages et des films. Les Arméniens en Egypte jouent un rôle important. Le titre du film est significatif. «Nous les égyptiens arméniens». C’est le mot Egypte qui vient en premier. Ils sont Égyptiens avant d’être Arméniens. Le film aborde l’histoire de l’Egypte sous un angle nouveau. Les arméniens ont contribué à l’édification de l’Egypte. Ils ont construit des églises, des écoles, animé des clubs de rencontres… ils vivent avec les autres, ne veulent être ni séparés ni ghettoïsés. Le film ambitionne de transmettre cette idée de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et la preuve c’est que nous nous vivons ensemble sans aucun problème.
Quel est le statut de la langue arménienne ?
Les Arméniens en Egypte ont une particularité importante qui est celle de parler l’égyptien ordinaire, celui que tout le monde pratique. Il y a une différence avec la deuxième génération qui est venue juste après les massacres. A l’époque, l’intégration n’était pas encore parfaite. Ils étaient une minorité et voulaient au départ conserver leur langue. Cependant, pour ce qui est de la troisième et la quatrième génération, le problème ne se pose plus car leur intégration est totale. Ils ont conservé leur culture tout en s’intégrant de manière parfaite à la société égyptienne. Nous avons d’ailleurs notre tout premier 1er ministre, Nubar Pacha, qui était d’origine arménienne. Plusieurs ministres des affaires étrangères étaient également Arméniens. Nous avons abordé toutes ces questions car notre projet était de réussir une fusion en racontant un pan de l’histoire de notre pays à partir du point de vue arménien.
Qu’elle a été la réaction du public à la sortie du film?
Quand nous avions réalisé le film nous croyions que les Égyptiens d’origine arménienne seraient les seuls à s’y intéresser mais nous avons été agréablement surpris de constater que l’ensemble des citoyens égyptiens ont montré de l’intérêt à cette question. Nous avons aussi montré le film à Montréal, au Canada, et c’est là que nous nous sommes rendus compte que seuls nos concitoyens ont leur association (Egyptians Arménians). Ils ont donc également cette particularité de se rassembler et de s’organiser en association. Les Égyptiens d’origine arménienne tiennent évidemment à la culture de leurs origines. Ils ont leur église, leurs clubs, leurs écoles et, de manière générale, leur mode de vie mais au final. Ils sont des citoyens égyptiens intégrés même s’ils ont conservé leur identité.
Quel rapport entretiennent-ils avec l’Arménie ?
Après la chute de l’Union soviétique, un Etat arménien indépendant a vu le jour en 1991 mais Il faut savoir qu’il y a beaucoup d’entre eux qui vivent en Arménie mais qui n’ont que le passeport égyptien ( les Arméniens ont pris la nationalité du temps du roi Fouad). Ils ont cette double appartenance qu’ils ne qu’ils ne veulent céder pour rien au monde. Je vous donne comme exemple une phrase célèbre du film prononcée par une architecte restauratrice de renom qui a dit qu’elle était 100% Égyptienne et 100 % Arménienne.

Yacine Cheikhbled