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Hassan El Hassani, Un artiste humble

Hassan El Hassani n’a peut être pas toujours eu la chance de camper des rôles principaux dans les grands films algériens mais ses apparitions sont à chaque fois restées mémorables. Son talent est immense et il est sans conteste l’un des acteurs clés de la filmographie nationale. Son parcours a été entièrement dédié à l’art passant indifféremment de l’univers des planches à celui de la caméra. Dans le livre qu’il lui a consacré, publié à la faveur du 10ème FIOFA, Said Bezerga reprend le témoignage de Rachid Benallel pour évoquer la séquence où il répète son discours devant un miroir dans le film « Les vacances de l’inspecteur Tahar » de Moussa Haddad. Une performance d’acteur inoubliable mais c’est également pour mettre en avant cette facilité à passer du théâtre au cinéma, là où beaucoup d’autres ont échoué car un immense fossé semble séparer la chaleur du contact avec le public et la froideur de la caméra des tournages cinématographiques. Ahmed Rachedi dit de lui qu’il a un jeu tellement naturel et sa maîtrise du métier est telle qu’il suffit de lui indiquer sommairement ce qu’on attend de lui pour qu’il réussisse à merveille son interprétation. En réalité tous les réalisateurs avec qui il a travaillé ne tarissent pas d’éloges à son égard. Il a tourné dans une bonne quarantaine de films entre 1954 et 1987, année de sa disparition et juste après avoir tourné dans « Les portes du silence » de Amar Laskri. Parmi les coproductions auxquelles il a participé, il y a évidemment « Z » de Costa Gavras aux côtés d’Yves Montant ou d’Irene Papas mais aussi « Le Charlatan » en 1959, « Les aveux les plus doux » d’Edouard Moulinaro, un polar franco-algéro italien datant de 1970, « L’Ane d’or » de Sergio Spina (1971) et « Essoukria » du réalisateur égyptien Hassen El imam en 1972. Il faut dire que toute sa vie a été dédiée à la comédie. Natif de Boughar ( Médéa) en 1916, son père était enseignant de français, ce qui lui a sans doute permis, dans le contexte de l’époque colonial, de se familiariser avec beaucoup d’auteurs classiques tels que Molière.
Rencontre avec Bachtarzi
Il a également dû très jeune découvrir les films de Charlie Chaplin et d’autres qu’on projetait à son époque. Vers 1936, lorsque la famille a déménagé à Berouaghia, il s’est mis à programmer des films de cinéma lorsqu’avec un ami il a eu à gérer une salle avant de tenter une expérience théâtrale. Sa rencontre dès 1945 avec Mehieddine Bachtarzi a constitué un tournant dans sa vie même si, compte tenu du contenu des pièces qu’il jouait, il a affronté l’autorité coloniale. Il a effectué plusieurs séjours en prison. Commence alors pour lui une vie de troubadours pour échapper à la surveillance policière et c’est ainsi qu’il allait se retrouve à Alger pour fréquenter l’Opéra et rencontrer Mustapha Kateb et d’autres artistes algériens. Après l’indépendance, dès 1966, il a créé sa propre troupe de théâtre (populaire) avec laquelle il a sillonné le pays de fonds en comble, une expérience inestimable car la rencontre avec les gens est toujours enrichissante pour un homme de théâtre. Les moyens étaient rudimentaires (une petite busette pour le transport) mais la volonté était immense. Les spectacles étaient donnés partout y compris dans les casernes ou même à l’intérieur du palais présidentiel car l’ancien président Houari Boumediene était l’un de ses fans. Plus tard, Chadli Bendjedid l’a invité à effectuer le voyage aux Etats-Unis avec la délégation officielle. C’était déjà en soi une consécration et une reconnaissance pour un artiste qui a toujours su rester humble et très proches des préoccupations de ses concitoyens. L’hommage que lui rend aujourd’hui le FIOFA 2017 est amplement mérité. Yacine Cheikhbled

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