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Le père et le fils en dialogue au coeur de Nassiria

« Wajib » de la Palestinienne Anne Marie Jacir

La Palestinienne Anne Marie Jacir est l’une des grandes habituées du FIOFA qui participe régulièrement à ce rendez-vous depuis 2009, soit en tant que réalisatrice-productrice soit en tant que membre du jury. Cette année, elle n’est pas présente mais son dernier film, « Wajib » (devoir), sorti en 2017, est le premier long-métrage en compétition à être projeté ce jeudi pour être soumis à l’appréciation du jury de cette 11ème édition. Tout ce passe dans la ville de Nassiria (Nazareth), sous autorité israélienne mais dont les symboles n’apparaissent que très peu car le film se concentre sur l’entourage d’une famille palestinienne, une communauté de confession chrétienne. Le prétexte pour décrire des pans de vie de cette communauté est tout trouvé. Un père Abou Shadi ( Mohamed Bakri) va bientôt marier sa fille Amal (Maria Zreik). Comme le veut tradition, il va distribuer en main propre des cartons d’invitations pour l’ensemble des convives. Rentré d’Italie pour les mêmes raisons, Shadi, le fils ( Mahmoud More) va accompagner le père et c’est au volant d’une voiture que l’histoire commence. C’est comme s’il s’agissait d’un « Road movie » mais là où on s’attend à découvrir les grands espaces, le film s’engouffre dans les allées labyrinthiques de la ville.

« Sans maquillage »

«Le film est une fiction mais fonctionne presque comme un documentaire, c’est-à-dire montrer la vie sans maquillage ni artifices, c’est presque une copie conforme de la réalité», a expliqué Mohamed Bakri, venu défendre ce travail de la réalisatrice palestinienne, lors du débat qui a suivi la projection. Le décor est planté dès le départ et les symboles liés à la chrétienté se retrouvent même dans la sonnerie du téléphone qui fait résonner le thème « jingle bells », un thème qui sera ensuite soutenu par l’omniprésence dans les domiciles des habitants du sapin de Noel(l’histoire se déroule en décembre). La réalisatrice fait le choix de ne pas sortir de ce microcosme pour aborder la problématique du conflit israélo-palestinien, inévitable et c’est là où le public l’attend. «Nous ne sommes pas pour la régularisation des relations en acceptant le fait accompli car nous voulons être indépendants là où nous vivons», s’est insurgé Mohamed Bakri. En effet c’est à travers le rapport conflictuel entre le père et le fils et leurs différences de point de vue que cette problématique a été abordée mais, au-delà, c’est toute la condition des expatriés qui est posée sur la table. En revanche, le père et le fils partagent aussi des moments de nostalgie symbolisée explicitement par ce long dialogue sur un fond musical inattendu, le tube planétaire datant de la fin des années 1960, «A whiter shade of pale» du groupe britannique Procol Harum. La famille était alors unie et la mère, absente dans le film, n’était pas encore partie aux Etats-Unis.

Yacine Cheikh-Bled

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