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 Karma .. Une histoire d’abord humaine

projeté en hors compétition

 

 

«Karma » de l’égyptien Khaled Youssef, ce cinéaste se réclame de l’école de Youssef Chahine, a tenu toutes ses promesses. Un peu déroutant certes pour une partie des spectateurs, ce film est une illustration de la maîtrise de l’art du cinéma. Dès la première séquence, le public a eu droit à des gros plans à l’américaine. Juste après, le public a eu droit à des plans serrés. Le choix des plans pour illustrer les situations dénote d’une parfaite maîtrise des techniques cinématographiques. Khaled Youssef a à son actif jusqu’ici onze films, dont certains ont eu un succès retentissant au niveau arabe et mondial. Les performances techniques n’ont pas été au détriment de la thématique. Comme de tradition égyptienne, le film donne à voir le vécu d’un citoyen issu des couches défavorisées. « Watany », un chrétien, harcelé par ses créanciers, de la même extraction sociale que lui, se refugie dans le rêve pour supporter sa misérable existence. Le rêve se transforme carrément en phantasme et devient presque une réalité chez l’acteur principal. Là, nous assistons à une sorte de dédoublement de personnalité de Watany qui se nommera, dans son rêve-fantasme, Adham, le riche musulman.

Ce rêve qu’offre le cinéma

Khaled Youssef forcera le trait au point où l’on croira par moment que nous sommes en présence de deux films, deux histoires, qui évoluent en même temps mais par alternance. Ainsi, durant la plus grande partie du film qui dure 130 mn, le spectateur a eu droit à des images retraçant la vie des petites gens entassées les unes sur les autres dans les quartiers pauvres du Caire. D’autres images montrent des résidences de grand luxe, dignes des dynasties américaines. Pour réussir cette prouesse, il fallait garder la vigilance du spectateur éveillé. Et il n’y a pas mieux que le spectacle. Le film est agréable parce que agrémenté par des anecdotes, des scènes de romance,….bref du rêve qu’offre le cinéma. Et « Karma » la fille de Watani ? Même si elle est moins présente dans la vie d’Adham, homme d’affaires riche et entouré par une cour de femmes, elle illustre un terrain de réconciliation entre le musulman et le chrétien, entre le riche et le pauvre. D’ailleurs, Karma réfère au bouddhisme. Sa disparition, est passée presque inaperçue dans le film, puisqu’annoncée uniquement par le médecin traitant d’Adham/Watani. Le long métrage évoque la société égyptienne en pleine mutations, où les clivages entre musulmans et chrétiens ont remonté à la surface, autant que le décalage entre les classes ou la corruption. Mais, « Karma » reste d’abord et surtout une histoire humaine.

Ziad Salah

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