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Le film irakien « Rihla » : Un itinéraire complexe pour une kamikaze

Le thème du film « Rihla » (le voyage) de l’irakien Mohamed Al Derradji devient presque récurrent dans la littérature et le cinéma arabe contemporains. Le réalisateur, dont la filmographie compte cinq longs métrages, aborde la question du terrorisme à partir de la psychologie du kamikaze juste avant le passage à l’acte. Sara, son héroïne, munie d’une ceinture explosive, remontée contre la présence américaine dans son pays, subira un examen de conscience avant de renoncer à son projet. Le cinéaste laisse cette possibilité de renoncement à l’entendement du spectateur. La kamikaz, qui entendait « purifier » tout le monde, changera son regard sur son entourage, à la gare de Baghdad où devait avoir lieu l’attentat. Le film, dont la réalisation a duré huit ans, selon les propos du réalisateur, trace l’évolution psychologique de Sara qui semble n’avoir aucun attachement à la vie. Ce cheminement se déroule dans des endroits sinistres. Sur les rails où des enfants, livrés à eux-mêmes, s’entredéchirent entre eux. Mais à chaque fois, il y a un petit détail qui renvoie à une humanité enfouie ou à un espoir possible. C’est le cas du bébé que le compagnon de Sara transporte après l’avoir trouvé dans entre les rails. C’est le cas de l’officier américain qui décide de la relâcher et la mère du bébé. C’est le cas des deux enfants qui s’enlacent malgré la dureté de leur existence.

Faire confiance à l’intelligence du spectateur

Le réalisateur s’appuie sur le jeu ombre et lumières pour illustrer « la métamorphose » de son personnage central. Dans un lieu de culte où elle passe la nuit, après son rendez vous raté avec ses commanditaires, les yeux de Sara seront éblouis par la lumière pénétrant d’une lucarne. Elle s’adresse au Créateur en le questionnant sur son sort. Avec les deux enfants de rue, elle suit un gigantesque feu d’artifice coïncidant avec la fête de l’Aïd El Adha. Moahmed Al Darradji, qui fait confiance à l’intelligence du spectateur, a usé de la symbolique pour évoquer l’Irak d’aujourd’hui. Selon lui, la première femme kamikaze, auteure d’un attentat en 2006 en Irak, était d’origine belge. « Rihla » a été le premier film irakien projeté dans une salle en Irak depuis 27 ans, selon le cinéaste.

Ziad Salah

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