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Le film libanais « Nour » : Le mariage forcé à l’âge de l’insouciance

Le mariage des mineures, souvent avec des hommes plus âgées, est un véritable problème au Liban même si on en parle moins comparativement au cas d’un pays comme le Yémen. C’est à ce phénomène que s’est attaqué le réalisateur libanais Khalil Dreyfus Zarour à travers son film « Nour », projeté vendredi 27 juillet à la salle Maghreb. Il plante le décor dans un village de montagne mais le problème n’est pas spécifique à la géographie ni même à la religion puisque dans ce cas de figure on a affaire à une communauté chrétienne. L’âge légal pour le mariage n’est pas encadré par la loi et les « victimes » subissent alors le poids de la tradition et des pratiques ancrées. Dans le film, le prêtre demande bien à la fille d’à peine 15 ans si elle est d’accord pour se marier mais que peut une enfant face à l’insistance de sa famille, la mère et le frère, dont elle dépend entièrement.

Laisser de côté les rêves…

Pour le reste, le réalisateur reprend de manière insistante tous les ingrédients liés à ce genre d’unions. D’abord le passage brutal du monde de l’enfance (les jeux et l’insouciance) vers celui des obligations conjugales et familiales forcées. Ensuite la résignation à laisser de côté les rêves et les projections d’avenir. Enfin la dégradation des rapports dans la famille d’accueil et qui sont essentiellement liés au manque de maturité et à l’inexpérience. Au vu de certains éléments de décor relativement datés, par exemple un combiné de téléphone datant de la moitié du XXème siècle, on est tenté de supposer que l’histoire se passe dans le passé mais on se rend compte bien vite que c’est du temps présent dont il s’agit. Cette remarque mise à part, le film use d’un langage cinématographique tellement cru qu’il ressemble à une œuvre didactique. Khalil Zarour, engagé dans le combat pour les droits de l’homme, signe une œuvre militante mais ne désigne aucun responsable, même pas la famille et notamment la mère convaincue qu’en agissant de la sorte, elle ne veut que le bien pour sa fille, c’est-à-dire un mari aisé et une famille distinguée. Est-ce donc cela le bonheur ?

Yacine Cheikh-Bled

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