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“Tunis by night”.. Une famille éclatée, des visions opposées

de Elyes Beccar

« Tunis by night » est le deuxième long-métrage du cinéaste tunisien Elyes Beccar. Il été projeté samedi à la salle Maghreb à Oran. C’est une œuvre qui s’inscrit dans le registre du réalisme mais où l’auteur ambitionne d’aborder une panoplie de thèmes qui, au final, la rendent difficile à cerner. Comme les quatre points cardinaux, chaque membre de cette famille, qui sert de prétexte, semble orienter son regard vers une direction opposée à l’autre. Le cinéaste situe l’action juste après le suicide du marchand de fruits et légumes de Sidi Bouzid qui allait déclencher la tempête mais ce n’est pas le sujet. Une certaine noirceur caractérise ce film qui tourne autour de Youcef (Raouf Ben Amor), intellectuel, sous le règne de l’ancien président Zine Al Abidine Ben Ali, et animateur d’une célèbre émission de radio. Il se retrouve, au crépuscule de sa vie, sur le point de prendre sa retraite. Il anime alors sa dernière émission. L’antenne est coupée. Chaque soir, il entre en état d’ébriété à la maison. Son personnage s’oppose à celui d’Amal (Amel Hedhili), son épouse, tiraillée entre le désir de se laisser aller à la joie de vivre et une sorte de résignation qu’elle s’impose du fait que’ elle porte le voile.

« Nights in white satin »

De la même manière, le personnage de Amine, le frère religieux mais modéré s’oppose à celui de Aziza (Amira Chebli), sa sœur qu’il tente de remettre sur le droit chemin car il ne supporte pas de la voir sombrer dans l’alcool et la drogue. Si son univers formé par des musiciens de rock avec un look typé (le piercing compris) symbolise pour l’auteur la culture occidentale, celle-ci est vue uniquement sous le spectre de la débauche. Une manière contestée de voir les choses. Mais la situation est en réalité plus compliquée et les lignes de démarcation ne sont pas aussi nettes qu’il n’y parait. En effet, dans une longue séquence du film, le père annonce explicitement à la radio le passage d’un ancien tube, « Nights in white satin » des Moody Blues » mais comme s’il s’agissait d’une coïncidence, sa propre fille chante la même chose en même temps dans un club. Ce lien imprévu va se retrouver renforcé lorsque père et fille se réconcilient. L’interprétation musicale est approximative comme le sera celle d’une chanson plus récente : «Give me a reason to love you» de Portishead mais c’est suffisant pour relancer l’idée de ce désir d’amour et de tendresse qui, avant tout, caractérise le long métrage de Elyes Beccar. Un cinéaste qui a déjà abordé les thèmes sociaux relatifs à la période de la révolte tunisienne de 2011.

Yacine Cheikh-Bled

 

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