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Le film marocain « La cité des hiboux » Dans un village comme dans « Les années de plomb »

Le film « La Cité des Hiboux » de marocain Azlarabe Alaoui, projeté pour la première fois en dehors du Maroc, revient sur ce qu’on nomme « les années de plomb » qui ont largement alimenté la littérature marocaine avec de nombreux témoignages de survivants du célèbre pénitencier de Tazmamart. Les événements du film se déroulent dans un village perdu entre ciel et terre dans le haut Atlas marocain. Le réalisateur n’a précisé ni le temps et l’espace. Comme, il a intentionnellement sacrifié toute option de héros pour son film. Ce sont des petites gens, presque insignifiantes qui mèneront à l’éclatement de la vérité : l’existence d’un pénitencier où les détenus politiques ne quittent leurs geôles que pour être enterrés. Dans le village où habitent les gardiens de la citadelle de la mort, le quotidien, mortellement ennuyeux, prendra un coup d’accélérateur dès l’arrivée de Wafa, la fille d’Ammi Said, un gardien. D’ailleurs, c’est elle qui accomplira le dernier acte salvateur qui donnera la preuve de l’existence de ce pénitencier et surtout le listing de ceux qui y croupissent. Peut être une sorte d’hommage que le réalisateur rend à la femme marocaine.

Langage de la sobriété

Traitant un sujet complexe dans l’histoire contemporaine du Maroc, le réalisateur a adapté le langage de la sobriété. Tout est rudimentaire : le mobilier des demeures, l’accoutrement et l’équipement des sous officiers se chargeant de la garde du pénitencier…..Le seul excès ou extravagance, c’est l’hélicoptère qui apporte la clef d’une cellule quand son locataire rend l’âme. Les dialogues, notamment entre le gardien Saïd et le fkih (imam) sont de haute envolée par moment et d’une grande préciosité. Au point où ce fkih ressemble presque un psychanalyste installé dans ce coin perdu. Mais, l’on apprendra que lui aussi fait partie de ces milliers de familles qui avaient souffert de la disparition d’un parent ou un enfant durant des années.Dès ce moment, le film prend un autre rythme. Et s’inscrira dans une temporalité avec l’apparition d’une voiture de type Renault 4 (qui renvoie aux années 70 du siècle dernier). Les événements s’enchaînent et s’emballent. Mais le réalisateur laissera au spectateur averti de comprendre que l’ère de Tazmamart est belle et bien finie.

Ziad Salah

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